Le JO Sénat du 12/11/2009 - page 2606 publiait la question n° 0716S posée par Mme Gélita Hoarau au Ministre de la Culkture et de la Communication. En voici l’énoncé :
« Mme Gélita Hoarau attire l'attention de M. le Ministre de la culture et de la communication sur la situation de l'archéologie à La Réunion.
Alors que la France dispose d'une archéologie moderne et structurée, couvrant l'ensemble de son territoire, La Réunion, depuis les années 1970, n'a pu bénéficier des dispositions appliquées aux autres régions métropolitaines et ultramarines, dans ce domaine. De ce fait, elle ne profite pas d'un service régional d'archéologie, attaché à la direction régionale des affaires culturelles. Outre le fait qu'elle porte préjudice à la connaissance historique de La Réunion, cette anomalie va à l'encontre des articles 1, 2, 3, 4 et 5 de la convention de Malte pour la protection du patrimoine archéologique, ratifiée par la France en mai1992. Aussi, elle lui demande l'application des textes législatifs et réglementaires créant un service régional d'archéologie à La Réunion. »
Chacun pourra prendre plusloin connaissance de l’intégralité de la réponse du Ministre publiée dans le JO Sénat du 27/01/2010. Mon propos est d’analyser cette réponse.
Le fait est que, devant le Sénat, le Ministre ne pouvait pas traiter par-dessus la jambe la mise en exergue de quarante ans d’inexistence officielle de la Réunion dans la réflexion du législateur sur la question de l’archéologie. Mais sa réponse ne fut pas à la hauteur des attentes mises en avant par la question. Je passe sur le fait qu’à la question technique et précise de la sénatrice il répond par un exercice de communication consistant à jouer la carte de la compassion pour les Réunionnais théoriquement les plus concernés par la carence dans ce domaine. Sur le fond du sujet, je relève quatre points dignes d’intérêt... (lire la suite dans la page complète sur la question.)
Pantoufilyé, c’est le nom donné en créole au requin juvénile. Il a, de tout temps, été connu des Réunionnais de condition modeste qui habitaient au bord de la mer et en tiraient quelques ressources. Il fait partie de ces poissons qui, capturés à la gaulette ou au tramay comme les sardines, le pwason day, le bours, gro-tèt et autres sap-sap au cours d’une pêche bordmèr apportaient un plus à la marmite du jour. Les espèces les plus prisées (doming, makabi, karang…) d’une pêche un peu chanceuse pouvaient être monnayées auprès de riverains plus aisés ou de passants au bord des routes.
Avec la mise en route du parc marin, cette activité traditionnelle a disparu de la région ouest, impitoyablement pourchassée au nom de la protection de la biodiversité du lagon.
Et voici qu’un quotidien du jeudi 8 avril se fait l’écho d’une remise en cause de cette activité à l’occasion de la capture et de la vente de huit pantoufilyé. Elle monte même en épingle les sanctions encourues par le vendeur et quelque acheteur devenu pourl'occasion receleur.
Mais receleur de quoi ? La pêche du requin, et par conséquent du pantoufilyé est-elle interdite ? Il ne s'agit même pas d’une espèce vivant dans le lagon mais d'une espèce pélagique dont des spécimens isolés se retrouvent occasionnellement à proximité des côtes réunionnaises. Et au sommet mondial de Doha sur les espèces menacées, qui s'est terminée le 25 mars dernier, le requin marteau qui avait été inscrit au départ à l'annexe 2 signifiant que son commerce n'est pas purement et simplement interdit, mais régulé, a finalement été désinscrit sous la pression du Japon.
Le pêcheur n'enfreint donc en principe aucune loi. D’autant plus qu’il est -sur papier- Français et que d’autres pêcheurs, Français eux aussi, ont obtenu que l'interdiction de la pêche du thon rouge, menacé en Méditerranée, soit différée. La discrimination est-elle due au fait que ces derniers ont eu l’appui de députés, que leur revendication a été médiatisée, et puis qu’il y avait les crédits contractés pour les bateaux et divers équipements et du coup, l’intérêt des banques en jeu. Alors que lui n’était qu’un pêcheur occasionnel de pantoufilyé, en marge de la société de consommation et de la marchandisation organisée, qu’il risquait, de surcroît, de ne pas respecter les règles d’hygiène. Etait-ce la raison pour laquelle il était l'impie, le galeux qu'il fallait châtier ?
Car les motifs d’infractions ont été trouvés : travail dissimulé, vente illégale, non-respect des règles d'hygiène et, pour qui achèterait le produit de la pêche, complicité de recel.
Voilà donc une nouvelle étape franchie dans l'escalade de la répression et de l'atteinte aux pratiques traditionnelles réunionnaises. Voilà un précédent qui laisse craindre que demain la vente de bichiques à la criée ne soit plus tolérée au motif que la présentation des alevins sur des étals sommaires ne respecte pas les normes européennes de sécurité sanitaire.
À quand l'interdiction de la vente des nids de guêpes au bord des routes pour les mêmes motifs ?
Et si la rumeur de l'interdiction de la vente du poulet grillé au bord des routes étalée dans la presse du 1er avril n'était pas un poisson d'avril mais une vraie occasion de lancer un ballon pour tester la réaction de l’opinion face à une interdiction réelle de toutes les formes de vente traditionnelle au bord des routes ? Si cela était, on pourrait dire que cette entreprise d’éradication des traditions réunionnaises qui a pris une nouvelle dimension avec la tentative de remise en cause des sacrifices rituels d'animaux arriverait à ses fins après plusieurs étapes mûrement réfléchies et programmées.(voir ti kozman si laktyalité d'août, septembre et octobre 2007).
Mais pour revenir au début de cette histoire, qui a été au départ de l’interpellation du pêcheur? Des policiers municipaux ! Amer rapprochement : au XVIIIème siècle, les supplétifs des chasseurs de marrons étaient des esclaves.
R. T.
L’information a été relayée le 13 juin 2010 par plusieurs médias réunionnais : Mmes Geneviève Gaillard (PS) et Muriel Marland-Militello (UMP), députées, ont, le mercredi 10 juin, présenté à l’Assemblée Nationale une proposition de loi visant à interdire les corridas et les combats de coqs. La promptitude à médiatiser la démarche alors que site de l’assemblée nationale signalait que cette proposition qui avait fait l'objet d'un dépôt officiel sous le numéro 2267 n'était pas encore édité est la preuve d’un lobbying évident. En l’absence d’informations précises, la parade technique et politique à l’entreprise de discrédit sur les combats de coqs pourrait s’avérer impossible. Partons donc de la réalité que l’une des deux initiatrices de cette proposition de loi est Mme Muriel Marland-Militello. Elle a déjà été à l’initiative d’une proposition de loi, enregistrée en 2007 à l’Assemblée « visant à interdire tous les sévices graves envers les animaux domestiques ou apprivoisés, ou tenus en captivité, susceptibles d’être exercés lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ».
Dommage que l’intéressée n’ait pas laissé dans les archives de l’Assemblée nationale trace d’une telle opiniâtreté, étayée de principes humanistes pour pourfendre nommément le cartel des élevages industriels, moins spectaculaire - donc moins médiatique - mais autrement plus barbare, pour les 37 millions de poules élevées en batterie, que la passion des tenants de la tradition des combats de coqs.
A propos, Madame la Députée, présentée comme admirant le Général de Gaulle sait-elle que c’est ce dernier qui pesa de tout son prestige contre l’interdiction des combats de coqs ? C’était le 8 juillet 1964. Avec cet argument : « Puisqu’on mange les coqs, il faut bien qu’ils meurent ! »
R.T.
Protection "gros doigt" de la nature et obsession de la marchandisation des pratiques traditionnelles. (voir le début sur la page d'accueil)
En mettant en ligne le petit enregistrement visible à la page sur les tangues et les guêpes, nous avons voulu mettre en évidence les contradictions dans lesquelles s'enferrent ceux qui, sous prétexte de régenter arbitrairement des pratiques traditionnelles réunionnaises prétendues nocives à l'environ-nement, gèrent les questions de façon technocratique.
Il faut rappeler (voir notre dossier sur les tangues) que traditionnellement, la saison de chasse aux tangues se situait entre la fin mars et le début de la deuxième quinzaine d'avril, quand, la saison de repro- duction terminée et les portées sauvées, le gibier, ayant fait ses réserves de graisse, allait entrer en hibernation.
Avec la folklorisation des pratiques culturelles (fête du tangue), la demande en consommation de ce gibier a pris un essor qui n'a échappé ni à ceux qui pensaient pouvoir en tirer un revenu confortable, ni les institutionnels qui y ont trouvé une source de rentrées d'argent pour l'Etat.
Le principe pour les autorités étant d'habiller leurs décisions d'un masque de vertu, la réglementation de la chasse au tangue s'est parée du prétexte de la préservation de l'espèce. On ne peut donc qu'être étonné de voir que cette année, la chasse au tangue ait été officiellement déclarée ouverte le 16 février.
Or, comme le montre le film, réalisé deux jours avant cette date, les portées n'ont pas encore été toutes sevrées.Ceci fait que la mère et les petits sont très vulnérables car leur territoire est réduit à une zone peu importante autour du terrier. Toute personne avertie sur la question sait que les premières pistes que le flair des chiens détectera seront celles-là. Cela pose le risque d'un déséquilibre de la population des femelles par rapport à celle des mâles, de la diminution du nombre de portées et, à court terme, d'une menace sérieuse sur l'espèce.
Car avec la taxation de fait de la chasse du tangue, si un chasseur s'inscrivant dans la tradition ne dispose pas au minimum de 175 à 200 euros à investir par an dans sa passion, il est condamné à braconner. Et s'il peut se payer l'investissement, il entre inévitablement dans jeu du rapport entre l'investissement et la rentabilisation de la somme investie. Or, la variation des prix (un tangue se négocie entre 10 et 15 euros donne une indication sur la marchandisation du produit et confirme la qualité inégale des individus offerts par les fournisseurs.
A partir de là, la distinction entre bons et mauvais chasseurs met en évidence l'hypocrisie de la norme administrative, voire technocratique de la question. La différence est grande en effet entre un chasseur respectueux de la tradition mais ne disposant pas de permis, donc considéré comme braconnier et un prédateur ayant investi dans un permis de chasse, une licence, des bagues témoins de capture et chassant indifféremment les adultes en état d'être mangés et les jeunes, des femelles allaitantes voire porteuses d'embryons. Et ne nous faisons pas d'illusions. En possession de papiers en règle et de cent bagues, un prédateur peut capturer en toute tranquillité cinq cents tangues, soit cinq fois la valeur et plus de sa mise sans être inquiété.
Cette situation permet de mesurer l'incohérence, voire l'absurdité d'initiatives qui ne tiennent pas compte de la réalité réunionnaise et les conséquences qui en résultent.
R. T.
*Voir aussi le chapitre XXIX de Candide et l’ancien puits paru en 2006
La nouvelle a fait la une du Quotidien de ce jour 28 juillet 2011 : le parc des palmiers de Trois Mares au Tampon est ravagé par un insecte nuisible, l’Eugnoristus monachus, entré probablement en même temps qu'une espèce de palmier importée.
Au vu de l'état dans lequel se trouvent les sujets de la pépinière et même de jeunes palmiers disposés le long des allées du parc, la calamité sévit depuis un certain temps déjà.
Or, l'information à l’origine de l’article du journal ne s'est répandue que depuis quelques jours. Interrogé par le président de l’APN, un membre du conseil d’administration de la FDGDON se disait stupéfait que cette instance n’eût pas été alertée par des techniciens travaillant sur la question. C'est dire si le secret a été bien gardé. Pourquoi ?
La DIREN, la protection des végétaux, le CIRAD, organismes qui auraient dû être sur la brèche dès l’alerte donnée par les techniciens du parc quand le phénomène a été observé étaient-ils au courant de cette situation ?
Bien sûr, après coup, il sera toujours possible de rassurer l’opinion par des effets de communication comme ce fut le cas pour la mouche bleue qui, aux dernières nouvelles, dans des zones où elle a éliminé le raisin maron, s’attaque aux cultures de fraisiers. Mais ces campagnes de communication n’empêcheront pas que nos espèces de palmiers endémiques, depuis le latanier rouge jusqu’au palmiste Roussel (espèce menacée sauvée par l’APN), en passant par les palmiers blanc et rouge des hauts et le palmiste rouge des bas soient d’autant plus menacés que nous savons de source sûre qu’ils sont les plus attaqués par l’insecte.
R.T.
À la page du site du Conseil général de la Réunion consacrée aux Archives départementales, une vidéo pourrait laisser croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Et à l’occasion de la prochaine journée nationale du patrimoine, c’est cette présentation de la réalité qui a toutes les chances d’être médiatisée.
Les deux documents feuilletés pour les besoins de l’illustration sont en effet en parfait état d’être communiqués au public. Et l'image fugace présentant l’atelier de restauration laisse penser à une capacité à gérer la totalité des documents les plus fragiles en très mauvais état.
Le montage vidéo que nous mettons en ligne ici montre qu’il y a loin de la réalité à la communication faite sur la question dans la vidéo du Conseil général. La première partie a été filmée le 23 03 2010 à 8h, à l'ouverture de la salle de lecture. On y voit un morceau de document détérioré la veille par un lecteur et abandonné sur une table.La deuxième partie, filmée le 17 11 2009,présente des documents remis à un lecteur alors que leur état ne permettait pas une manipulation sans risque de détérioration. Ce qui interroge sur les critères de communicabilité des documents.
L'état des feuillets laisse imaginer celui des centaines de documents soustraits à la consultation parce que considérés comme non communicables et l'on peut s'interroger sur les moyens humains et matériels de l'atelier de restauration à faire face à la situation.
Lansiv kréol pense donc qu’il est temps aujourd'hui de poser la question: les archives départementales sont-elles à la hauteur de la mission qui est la-leur ? Le dossier mis en ligne sur le site contribuera à sensibiliser l’opinion à la question.
R.T
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