Cette page est consacrée à deux plantes endémiques de la Réunion le bois de senteur blanc et le pisonia qui étaient considérées par les botanistes comme menacées d'extinction. Leur sauvetage est l'oeuvre de passionnés regroupés au sein de l'association des Amis des Plantes et de la Nature. Le dossier reprend les pages que Raymond Lucas leur a consacrées dans son livre "Cent plantes endémiques et indigènes de la Réunion". Le commentaire a été enrichi d'observations faites après la parution du livre et certaines photos, notamment celles concernant les petits plants de Pisonia sont uniques à ce jour.
Texte: Raymond Lucas; Photos: Laurent Lucas, Raymond Lucas, Jean Bernard Pausé et Roger Théodora. © - copyright lansiv-kreol.net 2008

Le bois de senteur blanc, Ruizia cordata (Cav.) de la famille des STERCULIACEES. Il est endémique de la Réunion.
C'est un petit arbre très décoratif au feuillage cendré blanc avec des pointes roses aux bourgeons terminaux.
Plante hétérophylle, sa feuille juvénile est plus découpée qu'une feuille de manioc, alors que sa feuille adulte possède un large limbe fortement ciselé
.

I - Le bois de senteur blanc
LES BOIS DE SENTEUR. La Réunion compte trois plantes connues sous le nom de bois de senteur : Le bois de senteur blanc, le bois de senteur bleu et le ti bois de senteur. Les deux premiers appartiennent à la famille des STERCULIACEES. Le troisième est de la famille des EUPHORBIACEES.

"Le bois de senteur blanc est connu aussi sous le nom de bois de chanteur. C'est une plante qui est entrée dans la tradition réunionnaise comme arbre fétiche ou porte bonheur. Si on prend une feuille à l'arbre, il faut payer disent certains anciens, ce qui explique la présence de pièces de monnaies anciennes et en cuivre sous des pieds que nous avons retrouvés dans la nature. On dit aussi que cette plante magique chante à certaines heures : à midi et à minuit, d'où son nom de bois de chanteur. De toute façon, bois de chanteur ou de senteur vient d'effets de prononciation suivant les habitants de tel ou tel quartier de l'île, mais personnellement je pense que ce nom vernaculaire aurait pour origine le caractère enchanteur qu'on attribue à cette plante." Extrait de: Raymond Lucas, Cent plantes endémiques et indigènes de La Réunion, page 134.

Le bois de senteur blanc est une plante dioïque, c'est-à-dire que si on veut avoir des semences, il faut des pieds mâles et des pieds femelles.

L'association APN a retrouvé quelques bois de senteur originels, bien cachés dans des zones escarpées. Tout a été mis en œuvre par les Amis des Plantes et de la Nature pour obtenir des graines de sujets originels, afin d'avoir des jeunes plants aussi rustiques que leur pied-mère. Aujourd'hui, près d'un millier de petits plants de bois de senteur blanc originel élevés par des membres de l'APN sont prêts à être réintroduits dans des zones naturellement protégées.

Découvert par Commerson en 1772, il est répertorié pour la première fois par Antonio José Cavanilles en 1790 dans son Monadelphiae classis dissertationes decem.
Au XIXe siècle, Du Petit Thouars le décrit ainsi: “ Arbre élégant, remarquable par sa blancheur, il est commun depuis la Rivière St Etienne jusqu’à St Paul “.
Cette description est en contradiction avec la présentation datée de 1987 :" Petit arbre hétérophylle atteignant peut-être une dizaine de mètres de hauteur et à tronc atteignant 40 cm de diamètre; écorce très crevassée et noirâtre, plus lisse et grisâtre sur les branches jeunes." (la Flore des Mascareignes, livret 53, juillet 1987). Pourquoi?
C'est que, curieusement, il semble s'être raréfié à une allure étonnante dans la première moitié du XXe siècle au point que les botanistes modernes ont du mal à en trouver de très rares individus. Par comble de malchance, ces individus sont éloignés les uns des autres et l'espèce est dioïque. Ceci explique que, dans de nombreux ouvrages, cette plante est portée disparue à l'état sauvage sur notre île. L'idée germe alors de relancer l'espèce en laboratoire: " Un pied femelle découvert en 1975 à la Grande Chaloupe par - FRIEDMANN et H. GRUCHET avait pu être bouturé par J.Y. COLETTE Deux arbustes issus de ce clône sont en culture à la Réunion, D’autre part, J.Y. LESOUEF a multiplié de façon intensive ce même clône à Brest. Un pied mâle découvert sur un rempart de ravine à l’Etang-Salé par Th. CADET, a été également bouturé et multiplié par J.Y. LESOUEF. Ce dernier a donc pu effectuer une reproduction par graines et a ainsi obtenu plusieurs centaines de plants dont une partie a été réintroduite dans la nature à la Réunion." (Flore en détresse, le livre rouge des plantes indigènes menacées à La Réunion, 1989).
C'est ce qui ressort également de ce commentaire: "Ainsi, le Bois de Senteur Blanc et le Bois de senteur Bleu (respectivement Ruizia cordata et Dombeya populnea) sont des espèces emblématiques des forêts séches et semi-sèches de La Réunion et de Maurice dont la sauvegarde ex situ s’est faite in extremis. Ces deux espèces font aujourd’hui l'objet à La Réunion d'un programme de conservation géré par le Conservatoire National Botanique de Mascarin. " (http://www.iremia.univ-reunion.fr/Projet_Mahots_v4.1.pdf.) . Mais dépouillés de leur rusticité, aucun de ces plants n'a survécu en milieu sauvage. C'est un peu comme si on larguait dans la ravine "in volay de France" elle n'a pas les mêmes capacités d'adaptation "ke nana in kok lèspès" pour survivre à l'état sauvage. Seuls ceux qui ont été placés dans des jardins particuliers ont poussé.
Un travail d'observation nous a permis de constater une nette différence de la couleur de l'écorce entre la plante originelle retrouvée dans la nature à l'état sauvage et celle des jardins, venant de France (Métropole), issue de laboratoire. La description donnée par la Flore des Mascareignes résulte donc de l'observation d'un exemplaire issu de la manipulation en laboratoire. Et nous pensons qu'une étude comparative pointue s'impose pour déterminer les raisons de ces différences pour voir s'il n'y a pas eu un début de modification génétique qui aurait fait perdre aux sujets issus du laboratoire de Brest un peu de leur rusticité.
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Ci- contre, greffe d'un originel sur un plant issu de sujet venant de laboratoire. La différence saute aux yeux
Les graines germent très bien en semis, il suffit d'avoir un savoir faire pour écosser les fruits et un peu de patience pour attendre la levée des premiers germes.
Fleurs et fruits de bois de senteur blanc originel femelle
Fleurs et fruits de bois de senteur blanc originel mâle
Séance de repiquage de semis et de réempotage de jeunes plants de bois de senteur blanc originel
Patrimoine et tradition:
Jeune plant de bois de senteur blanc originel

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II - Le pisonia
LE PISONIA appartient à la famille des NYCTAGINACEES. Deux espèces de pisonia ont été recensées sur notre île : Le Pisonia grandis (R. Br.) et Le Pisonia lanceolata (Poiret ) Choisy. Ce dernier est endémique Réunion / Maurice.

Lorsque nous avons découvert le premier Pisonia, nous avons dans un premier temps réussi la multiplication par marcottage et bouturage, nous avons suivi la floraison, la fructification. Les graines issues de la plante isolée ont germé. Le jeune plant âgé d'un an, présenté lors de l'assemblée générale de l'APN du 23 juin 2001 au Lycée de Stella Saint-Leu, a suscité l'admiration du public. C'est peut-être la première fois depuis au moins un siècle qu'on voyait à la Réunion, un jeune plant de Pisonia lanceolata issu de semis à partir de graines produites sur l'île. Cela nous permet de nous interroger sur ce comportement exceptionnel de cette plante considérée par les botanistes comme dioïque.

Le Pisonia lanceolata est une plante endémique de la Réunion dont le grand public réunionnais ignore l'existence, on a même perdu son nom vernaculaire.
Il ne reste d'ailleurs que deux pieds dans le milieu naturel : un dans le Nord, presque dans le lit d'une ravine avec ses racines déjà mises à nu par les crues;

le deuxième dans le Sud, accroché à flanc de rempart, victime de rochers qui déboulent et menacé de disparaître dans un glissement de terrain .
Le troisième, découvert en 2005, semble être par sa taille (tronc dont le diamètre dépasse deux mètres) un sujet très âgé.

Le Pisonia lanceolata est une très belle plante aux feuilles larges et lancéolées. Elle est hétérophylle. Au stade juvénile,les feuilles sont colorées de nervures rouges.

Les fleurs parfumées forment de beaux bouquets très colorés et les fruits portent un revêtement gluant et collant. J'ai

Ci-dessus feuilles de pisonia adulte.
Dessous, à gauche, feuilles juvéniles du pisonia

d'ailleurs perdu un fruit, qu'un sik-sik a emporté,collé à son plumage.
Chronique d'un sauvetage
Patrimoine et tradition
Fleurs et fruits photographiés dans la cour de l'auteur

Les résultats obtenus au cours de ce sauvetage confortent la position des botanistes qui commencent à s’interroger sur le comportement d’une plante d’une espèce dioïque qui, isolée, finit par donner quelques fleurs d’un sexe qui n’est pas le sien.
Ce comportement extraordinaire du pisonia qui nous a été d’une aide précieuse dans l'opération de sauvetage n’est pas unique. Nous l’avons également constaté chez d’autres espèces dioïques tel le bois d’arnette des bas.
D’où notre question : ne s’agit-il pas là d’une réaction de survie de la plante pour pérenniser l’espèce ?
Et nous ne pouvons nous empêcher de penser au comportement du corce blanc qui fleurit abondamment après les cyclones ainsi qu’à cette tradition des vieux créoles qui bâtonnaient le tronc des arbres fruitiers pour en accroître la productivité.

"Parties utilisées: Les feuilles, l’écorce, le bois coupé en tronçons (pour mémoire).
Composition chimique:Les feuilles contiennent des polyphénols : saponosides et tanins catéchiques.
Propriétés thérapeutiques et usages médicinaux locaux: Le bois de senteur blanc est la plante magique par excellence. Elle sert à faire des talismans pour se protéger.
Pour la petite histoire : voici comment on procède :La rondelle de bois vendue à prix d’or, est découpée en trois morceaux.Mettre un morceau dans l’armoire.Mettre le deuxième morceau, dans son sac pour les femmes ou dans la poche de la veste ou du pantalon pour les hommes. Le troisième bout, lui, devra être utilisé comme drogue, en cas de fatigue lorsqu’on rentre le soir. Le faire macérer dans un verre d’eau pendant 10 mn, enlever le bout de bois, l’essuyer pour le faire sécher et pouvoir l’utiliser les autres jours. Boire le verre d’eau et recommencer les autres jours, si nécessaire.
Le bois de senteur blanc est utilisé comme le bois de senteur bleu dans de nombreuses tisanes composées. Les deux plantes ont-elles les mêmes effets thérapeutiques ? Il faudrait le prouver. Voilà l’objet de futures thèses !" Extrait de: Marc Rivière, Les plantes médicinales à l'île de La Réunion, leurs amis et leurs faux amis. pages 27, 28.
A gauche, semis issus d'un sujet de la deuxième génération ; au milieu, détail d'une plantule avec l'apparition de deux feuilles juvéniles; à droite, jeune plant prêt à être mis en terre
Vieux pisonia , en forêt. On imagine, à la grosseur de l'arbre, qu'il doit être plus que centenaire

Références:

Cavanilles , Antonio José (1745 1804) Monadelphiae classis dissertationes decem / Cum iconibus Matriti : Ant. Baylo ; Parisiis ; Firm. Didot , 1790 Espagne2 v. 4to
Dupont J., Girard J.C., Guinet M., Flore en détresse, le livre rouge des plantes indigènes menacées à La Réunion, 1989.
La Flore des Mascareignes, livret 53, juillet 1987; livret 141 octobre 1994.
Jacob De Cordemoy E. - Flore de l’Ile de la Réunion - Librairie des Sciences Naturelles , 1895.
Lucas Raymond - Cent plantes endémiques et indigènes de la Réunion - Azalées éditions
Rivière Marc , Les plantes médicinales à l'île de la Réunion, leurs amis et leurs faux amis , Azalées Editions 2007

Des différences remarquables entre les sujets produits en laboratoire et les sujets originels retrouvés par l'A.P.N.
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